Finance & comptabilité : l'IA accélère l'ère des profils polyvalents
Alors que 60% des professionnels craignent que l’IA réduise les opportunités offertes aux jeunes diplômés, la fonction Finance connaît une transformation rapide portée par l’intelligence artificielle, la facturation électronique et les ERP nouvelle génération. Si certaines tâches administratives deviennent progressivement automatisées, les entreprises continuent de recruter et recherchent désormais des profils capables de conjuguer expertise comptable, analyse, maîtrise des outils digitaux et compétences relationnelles. Une analyse réalisée par Anthony Duarte, Manager, et Maxence Reynaud, Senior Consultant au sein de la division Finance du cabinet Robert Walters.
L'IA automatise les tâches, pas l'expertise
Lecture et traitement des factures, contrôle des notes de frais, détection d'anomalies ou création de reportings : l'IA automatise déjà une partie des tâches historiquement confiées aux profils juniors. Pour autant, les entreprises n'envisagent pas une réduction massive des recrutements. Selon la dernière étude Robert Walters, seules 4% prévoient de diminuer leurs recrutements de jeunes diplômés, tandis que 49% estiment que l'IA fera avant tout évoluer les compétences recherchées.
Les postes les plus exposés sont aujourd'hui ceux dont l'activité repose principalement sur des tâches de saisie, de contrôle ou de tri de données. Pour les organisations cependant, l'enjeu n'est pas la disparition des métiers comptables, mais plutôt leur évolution vers davantage de supervision, d'analyse et de contrôle des outils. Elles attendent désormais de leurs collaborateurs comptables qu'ils interviennent au-delà des tâches de saisie et de contrôle, de plus en plus automatisées.
« Les outils sont désormais capables de lire, catégoriser, et prétraiter une grande partie des documents comptables. La valeur ajoutée des collaborateurs ne se situe plus dans la saisie, mais dans leur capacité à comprendre les données et à les exploiter », observe Maxence Reynaud.
Au-delà des logiciels comptables et des ERP nouvelle génération, les professionnels de la finance sont déjà amenés à se familiariser avec les outils d’IA générative, capables d'automatiser certaines analyses ou de produire des synthèses de données complexes. Plus que la capacité à saisir l'information, c'est désormais la capacité à la contrôler, l'interpréter et la restituer aux bonnes parties prenantes qui devient déterminante. Cette évolution renforce l'importance du contrôle humain : une synthèse ou une analyse générée automatiquement doit pouvoir être vérifiée, contextualisée et expliquée avant d'être utilisée dans le pilotage financier.
« L'enjeu n'est plus simplement de produire l'information comptable, mais de savoir l'interpréter. Les professionnels qui sauront tirer parti de l'IA tout en conservant une forte expertise technique seront les plus recherchés demain », ajoute Maxence Reynaud.
Le comptable de demain sera plus analyste que saisisseur
La transformation en cours favorise les profils capables d'aller au-delà de leur spécialité initiale. Les organisations recherchent de plus en plus des professionnels capables de combiner comptabilité, contrôle de gestion, analyse financière et pilotage de la performance.
Les métiers historiquement très spécialisés évoluent ainsi vers davantage de transversalité. Si une expertise comptable solide reste indispensable, elle doit désormais s'accompagner d'une compréhension plus globale de la fonction finance et du fonctionnement de l'entreprise. Cette polyvalence repose notamment sur la capacité à comprendre les liens entre les écritures comptables, les données fiscales, les indicateurs de gestion et les analyses financières, sans perdre la maîtrise de son expertise de départ.
« Les entreprises recherchent de plus en plus des profils capables d'avoir une vision globale de la finance. L'enjeu n'est plus seulement de maîtriser un périmètre comptable précis, mais de savoir relier plusieurs expertises et comprendre leur impact sur la performance de l'entreprise », explique Anthony Duarte.
Dans ce contexte, les parcours permettant d'acquérir plusieurs expertises techniques deviennent particulièrement attractifs. Comptabilité générale, fiscalité, contrôle de gestion, reporting ou encore analyse financière constituent autant de compétences qui permettront aux jeunes diplômés de se démarquer.
Les compétences humaines restent le véritable facteur de différenciation
Si les outils automatisent une partie croissante des processus comptables, certaines dimensions du métier demeurent profondément humaines.
Gestion des impayés, échanges avec les clients ou fournisseurs, restitution des analyses auprès de la direction, accompagnement des opérationnels ou encore interprétation des données financières nécessitent toujours discernement, esprit critique et intelligence relationnelle.
« Les compétences techniques resteront essentielles, mais elles ne suffiront plus. Les professionnels capables de communiquer, d'interpréter les chiffres et de faire le lien entre la donnée et la décision seront ceux qui tireront le mieux leur épingle du jeu », souligne Anthony Duarte.
Dans un environnement où les données sont de plus en plus accessibles, la capacité à leur donner du sens devient un avantage concurrentiel majeur.
Une transformation plus qu’une menace
Loin de signer la fin des métiers de la comptabilité, l’IA pourrait accélérer leur montée en valeur ajoutée, en permettant aux professionnels d’aller sur des missions d'analyse ou d'accompagnement des directions, plutôt que des tâches purement administratives.
Cette transformation pose la question de l'adaptation des parcours de formation. Si les jeunes générations se montrent souvent plus à l'aise avec les outils digitaux et l’IA, ces compétences restent encore inégalement reconnues et valorisées sur le marché du travail.
Pour répondre aux nouvelles attentes des entreprises, les formations devront ainsi accorder une place croissante à la maîtrise des outils financiers et technologiques, mais aussi à leur certification. L'enjeu est double : permettre aux jeunes diplômés de démontrer concrètement leurs compétences et aider les recruteurs à mieux évaluer leur niveau de maîtrise de ces nouveaux usages.
« Aujourd'hui, de nombreux jeunes se forment déjà aux outils d’IA ou aux nouveaux logiciels financiers, mais ces compétences restent encore difficiles à évaluer pour les entreprises. Demain, nous aurons besoin de formations et de certifications davantage reconnues afin de mieux identifier les profils capables d'évoluer dans cet environnement », souligne Anthony Duarte.
Alors que seules 13% des entreprises considèrent l'IA comme une menace pour l'emploi des jeunes diplômés, l'enjeu principal devient donc la capacité à développer une double expertise : financière et technologique.
« Le professionnel de la finance de demain devra savoir interpréter les données autant que les produire. Plus qu'une menace, l'IA représente une opportunité d'accéder plus rapidement à des missions stratégiques et à forte valeur ajoutée. Cela suppose néanmoins d'adapter dès aujourd'hui la formation des futurs professionnels de la finance afin qu'ils développent à la fois des compétences techniques, analytiques et technologiques », conclut Maxence Reynaud.
Pour en savoir plus :
Anthony Duarte
Comptabilité, Paris
À la suite d'un Master, Anthony a rejoint Robert Walters en 2020. Il est aujourd'hui Manager et expert en recrutement sur les métiers de la comptabilité.
Maxence Reynaud
Consultant Senior, Lyon
Fort de plus de 4 ans d’expérience dans le recrutement, Maxence est spécialisé dans les métiers de la Comptabilité et de la Finance. Après plusieurs expériences en cabinet de recrutement, il a rejoint Robert Walters en novembre 2024 et occupe aujourd’hui le poste de Consultant Senior, accompagnant les entreprises dans leurs recrutements de profils comptables et financiers.
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Dans cette synthèse, Robert Walters décrypte les perceptions des entreprises et des professionnels face à l’essor de l’IA, et analyse ses conséquences sur le recrutement des juniors, le développement des compétences et l’apprentissage en entreprise.Articles similaires
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