IA vs premiers emplois : vers une évolution des compétences plutôt qu’une baisse des recrutements
Alors que l’intelligence artificielle s’impose progressivement au sein des organisations, de nombreuses interrogations émergent quant à l’avenir des jeunes professionnels et de leurs emplois, souvent plus exposés à l’automatisation. Pourtant, la dernière étude du cabinet Robert Walters menée auprès d’entreprises et de professionnels révèle une réalité plus nuancée : l’IA transforme les compétences recherchées davantage qu’elle ne remet en cause la place des talents juniors dans les organisations.
Vers une transformation des postes juniors plutôt qu’une réduction des recrutements
95% des entreprises interrogées estiment que l’intelligence artificielle aura un impact sur le recrutement des jeunes diplômés. Une conviction qui témoigne de la prise de conscience grandissante des organisations face aux évolutions technologiques qui touchent désormais l’ensemble des fonctions de l’entreprise.
Face à cette évolution du marché, les employeurs privilégient avant tout l’adaptation de leur organisation. Ainsi, 60% d’entre eux déclarent que leur priorité sera de faire évoluer les missions confiées aux collaborateurs, tandis que 13% envisagent de renforcer le recrutement de profils particulièrement familiers avec les outils d’intelligence artificielle.
Pour autant, seules 4% des entreprises interrogées pensent réduire leurs recrutements de juniors suite aux progrès de l’IA. 21% estiment quant à elles que leur stratégie de recrutement ne changera pas du tout.
Les répondants anticipent néanmoins une évolution progressive du marché de l’emploi des jeunes diplômés : interrogés sur les trois années à venir, 37% estiment que les organisations pourraient recruter moins de jeunes professionnels, tandis que 31% pensent que ces recrutements se poursuivront, mais sur un nombre restreint de métiers. Une projection qui traduit davantage une transformation des besoins qu’une remise en cause de la place des juniors au sein des organisations.
« Les entreprises ne remettent pas en cause la nécessité de recruter des jeunes talents : elles cherchent avant tout à repenser la manière dont ces talents créent de la valeur dans l’organisation. Les compétences d’analyse, d’adaptation et de communication deviennent plus stratégiques à mesure que les tâches répétitives sont automatisées », déclare Lucie Achart, Directrice Robert Walters Contract.
L’évolution des compétences : le principal enjeu
Interrogées sur les conséquences concrètes de l’IA sur les postes juniors, les entreprises placent très largement la question des compétences au premier plan. En effet, 49% d’entre elles estiment que l’impact principal concernera l’évolution des compétences recherchées, devant l’évolution des missions (31%).
Certains métiers sont d’ores et déjà identifiés par les entreprises comme étant davantage exposés aux transformations liées à l’IA : les fonctions support arrivent ainsi largement en tête (47%), devant les métiers du marketing, de la communication et de la vente (20%), puis ceux de l’IT, de la data et du digital (18%). Une perception qui confirme que les entreprises anticipent avant tout une redéfinition du contenu des postes plutôt qu’une disparition des opportunités professionnelles.
« Pendant longtemps, les postes juniors permettaient d’acquérir des compétences techniques et opérationnelles. Demain, les entreprises attendront plus rapidement de ces professionnels qu’ils mobilisent des compétences d’analyse, de prise de recul, et de résolution de problèmes en complément des outils d’intelligence artificielle », analyse Lucie Achart.
De leur côté, les candidats se montrent plus préoccupés, et 60% d’entre eux craignent que l’IA réduise les opportunités professionnelles offertes aux juniors. A l’inverse, ils sont 30% à considérer que l’IA créera plutôt de nouvelles opportunités de carrière.
Malgré tout, ils restent convaincus que certaines compétences conserveront une dimension profondément humaine. La curiosité et l’adaptabilité arrivent en tête des compétences les plus difficiles à remplacer par l’IA (43%), devant l’esprit critique et la créativité (35%), et la communication et les relations humaines (27%). Au-delà de la question des compétences recherchées, l’essor de l’IA soulève également celle de leur acquisition et de leur transmission.
Préserver l’apprentissage, malgré l’IA
54% des candidats interrogés estiment qu’un junior apprend moins lorsqu’il se forme uniquement avec l’IA, tandis que 37% considèrent qu’il apprend autant, mais différemment. Et les jeunes professionnels ne sont pas les seuls concernés, puisque 46% des répondants pensent également que l’adoption de l’IA aura des effets à la fois négatifs et positifs sur la formation des managers.
« Les jeunes professionnels apprendront différemment demain. Certaines tâches considérées comme répétitives jouent pourtant un rôle essentiel dans la construction des réflexes métier et du jugement professionnel. Le défi des entreprises sera donc de tirer parti de l’IA sans sacrifier les étapes d'apprentissage qui permettent de former les experts et les managers de demain », conclut Lucie Achart.
Si l’IA redéfinit progressivement les contours des postes juniors, elle ne remet pas en cause la nécessité pour les entreprises d'investir dans les jeunes professionnels. Plus que jamais, les organisations devront trouver le bon équilibre entre les gains de productivité qu'offre l'intelligence artificielle et l'investissement dans les compétences humaines, qui demeurent au cœur de la performance, de l'innovation et du développement des talents. Les jeunes talents quant à eux ont une réelle carte à jouer sur le marché de l’emploi grâce à leurs connaissances et leur maîtrise de l’IA. Plus largement, la capacité à utiliser intelligemment ces outils devient progressivement un facteur de différenciation professionnelle. À terme, ce ne sont pas les professionnels qui seront remplacés par l’IA, mais ceux qui refuseront de s'approprier ces nouvelles technologies qui risquent d'être dépassés par des profils capables d'en tirer pleinement parti.
Méthodologie :
Enquête menée au cours du 3ème trimestre 2026 en France auprès de plus de 260 entreprises et de 260 professionnels, tous secteurs confondus.
IA vs recrutement : quel avenir pour les jeunes talents ?
L'intelligence artificielle s'impose dans les entreprises et transforme les métiers, les compétences et les modes de travail. Cette évolution soulève une question : quelle place pour les profils juniors dans un environnement où certaines tâches peuvent désormais être automatisées ?Articles similaires
Voir tout le contenuÀ quelques mois de l’entrée en vigueur de la directive européenne sur la transparence des salaires qui concernera les organisations de plus de 50 salariés, les entreprises françaises accusent un retard préoccupant. Selon la dernière Étude de rémunération Robert Walters, 54% des organisations disent
En savoir plusAprès plusieurs années marquées par des tensions extrêmes sur le marché du recrutement, 2025 aura été celle du ralentissement et d’un potentiel rééquilibrage. Selon la nouvelle Etude de rémunération du cabinet Robert Walters, avec un volume d’offres d’emploi cadres et des intentions de recrutement e
En savoir plusAlors que les sujets diversité et inclusion semblent avoir été mis en pause en 2024, de nouvelles initiatives sont attendues pour les mois à venir et pourraient pousser les entreprises à s’engager davantage. Aude Boudaud, Directrice au sein du cabinet Robert Walters, décrypte ces nouveaux bouleverse
En savoir plus